Récit. Pour renouveler mon passeport, l’importance de Djido, le passeur

Article : Récit. Pour renouveler mon passeport, l’importance de Djido, le passeur
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17 novembre 2020

Récit. Pour renouveler mon passeport, l’importance de Djido, le passeur

Au Tchad, renouveler son passeport ou sa carte d’identité peut prendre des semaines, voire des mois. Pour le faire en un temps record, des amis d’amis, appelés surtout des passeurs, proposent leurs services en échange de quelques billets de banque…

J’attends toujours Djido. Au bord de mon lit, je piaffe d’impatience de voir mon téléphone sonner. Je me dis que d’un moment à l’autre, il va m’appeler. Mais ça fait trois heures que j’attends son signe. Moi qui ai pris mon bain à 5 h du matin. Je me suis apprêtée pour ne pas être en retard. Dans la glace, j’apparais plus belle derrière mon make-up qui commence à couler, et j’attends toujours. Le stress me gagne. Dans ma tête, j’élabore mon plan B : si Djido ne m’appelle pas jusqu’à 11 h, je m’en vais au boulot. 

Ouf ! Quelques minutes après, je mets de l’ordre dans mes pensées. Je me suis aussitôt souvenu que j’ai signalé mon retard pour aujourd’hui. J’avais même notifié à mes collègues que je devais me faire filmer (me faire prendre en photo et enregistrer) et que j’irais au travail après. Rien n’a l’air compliqué pour moi jusque-là. Ce n’est pas pour rien. J’ai eu un tuyau. Autrement, j’ai usé des relations. Un ami m’a mis en contact avec un ami de son ami, qui connait un ami qui travaille là-bas. 

Grâce à cette longue chaine, j’ai rencontré Djido. Lui est facilitateur. Notre deal est simple : il devait me faire entrer dans la salle de filmage sans attendre. Il est 12 h et Djido ne m’a pas encore fait signe. La déception commence à me gagner. Il ne répond pas à mes mille et un appel.  L’argent que je lui ai donné, n’est-il pas assez ? Est-il arrêté ? Pourquoi ne décroche-t-il pas mes appels ? Ces questions me taraudent l’esprit.

L’appel du passeur

Le lendemain, c’est-à-dire le mardi, mon cher Djido m’appelle aux environs de 17h. « Allô ! Allô ? Ma sœur, dépêche-toi et vient me trouver. Tu vas te faire filmer maintenant ». Plus le temps pour une touche de maquillage. Pressée comme jamais, je me dépêche, avec mon clandoman, et nous nous dirigeons vers le gouvernorat. Arrivés à destination, le bon monsieur nous fait savoir qu’ils ont une panne… Je ne sais de quoi. Je n’ai plus prêté attention à ce qu’il disait. La déception se lisait sans effort sur mon visage. Retour à la maison.

Mercredi, j’attends le signe de Djido. En vain. Jeudi, Djido ne m’appelle toujours pas. Vendredi, Djido m’appelle aux environs de 8 h. Son instruction : je dois me rendre au gouvernorat d’urgence. Sans attendre, je m’y rends. Devant moi, une centaine de personnes se trouvent dans la file d’attente. Intérieurement, je me suis interrogée : « est-ce que Djido me fera aussi subir cela ? ». Je lance un appel pour lui signaler mon arrivée.

Sans gêne, il me salue familièrement, me tient par la main. Nous nous dirigeons vers l’entrée. Le militaire nous laisse entrer sans poser de questions. De là, j’ai compris que les « relations » en valent la peine. Sinon, je devais moi aussi me retrouver dans cette queue et sous ce soleil ardent. Aucune complication à l’intérieur, je n’ai mis qu’une dizaine de minutes et je suis sortie avec un « NNI » (Numéro national d’identification). Je fais un signe des yeux à Djido pour lui signifier que c’est bon pour moi. Et il en fait de même. A ma sortie, bon nombre de personnes me regardent bizarrement. Je comprends leurs réactions.  Beaucoup d’entre eux ont quitté d’autres villes du pays pour être là.  Ils attendent des semaines pour se faire filmer… Beaucoup d’autres semaines pour rentrer en possession de leur carte nationale. Moi, il m’a fallu moins d’une semaine…

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